Textes de Nicola

Je vous écris de la lune

Je vous écris de la lune, de sa face cachée, celle qu'on ne voit pas de chez nous, depuis la Terre. J'ai vue sur l'espace, sur les étoiles et sur des planètes que je ne connais même pas ...

Je suis tranquille, dans un océan tranquille, sans téléphone portable, sans radio, sans télévision, sans rien du tout. Je suis très loin, très loin du bruit et de la fureur qui va occuper la Terre entière pendant tout ce début d'été, pendant plus de quatre semaines je crois... Je suis sur la lune. Juste moi tout seul, avec mon scaphandre noir, de l'oxygène pour tenir un bon mois, un parasol, un hamac, deux ou trois livres de Yoko Ogawa, quelques disques (dont la musique de "2001, l'Odyssée de l'Espace") pour l'ambiance et puis voilà ...

Des paysages vides de couleurs, des cratères petits, des énormes aussi, comme des montagnes ... Il n'y a rien, pas âme qui vive, juste de la poussière blanche ou grise, là sur le sol ... J'adore ... Il n'y a rien.

Certainement que je vais m'ennuyer tout seul, pendant toutes ces nuits et tous ces jours. Je suis (malheureusement pour moi !) l'un des rares sur cette Terre à ne pas aimer le football. J'ai eu beau chercher des personnes, des amis, qui comme moi, ne se sentiraient pas du tout concernés par cette histoire de coupe, mais je n'en ai trouvé aucun. J'ai alors cherché un endroit quelque part, éloigné de tout ça. Une cave, un pays, pour me réfugier, mais je n'en ai pas trouvé non plus. Un monastère? Un monastère bouddhiste? Je crois savoir que, même là-bas, on se cacherait pour voir un match. L'hôtel Iris, sur la côte Est du Japon cher à Ogawa, me tentait. Peut-être était-ce là se jeter dans la gueule du loup. Une autre île? Sans pont? Belle-île-en-mer ? Mais, en juin et même là-bas les choses du monde parviennent à vos yeux et à vos oreilles.

De trop rares moments d'amour ...
Les Jeux Olympiques, comme évènement mondial, c'est mieux! C'est plus marrant, il y a plusieurs disciplines! Mais la Coupe du Monde de Football ... Un seul et unique sport quand on ne l'aime pas... C'est terrible! Non, la lune c'est bien et très tranquille. Je me sens serein ici, rien n'est lourd, je me sens léger, déchargé de tout. Il règne ici un vrai silence de vie.

Je suis tellement loin de toute cette agitation, loin de tous ces commentaires stupides autour d'une grosse balle, autour de ces garçons en shorts défendant les couleurs de leur pays comme si c'était la guerre, avec autour d'eux le monde entier, les supporters, là, à hurler, à se battre parfois, pour défendre leur pays comme s'il était envahi par des hordes de martiens occupant leurs maisons et prêts à tuer leurs femmes.

Non, là, sur la lune, je suis loin de tout. Je vous écris du seul endroit où ces images, ces clameurs, ces moments de haine, ces trop rares moments d'amour ne me parviendront pas.

Quoique, pour être honnête, je me demande si je n'ai pas hâte que cette coupe du monde se termine ... Que je revienne chez moi. Il y a des soirs où tout est un peu trop calme à mon goût, des soirs où je me prends à rêver des bruits de foule. Des bruits tout court. En fait, et vous n'allez sans doute pas le croire, je me demande si ça n'est pas si bien que ça "La Coupe du Monde de Football". Le syndrôme de la lune sans doute ...

 

Source : Edito du mag web de la SNCF. Juin 2002

Lettre à Stéphane

Poème lu par Nicola à l'enterrement de Stéphane

Nos songes se ressemblent (Apollinaire)
Dans le ciel les nuages
Figurent ton visage
Le mistral en passant
Emporte mes paroles
Tu en perçois le sens
C'est vers toi qu'elles volent
Tout le jour nos regards
Vont des Alpes au Gard
Du Gard à la Marine
Et quand le jour décline
Quand le sommeil nous prend
Dans nos lits différents
Nos songes nous rapprochent
Objets dans la même poche
Et nous vivons confondus
Dans le même rêve éperdus
Mes songes te ressemblent

Cette nuit de fin juillet à Paris, il fait presque trop chaud et je n'arrive toujours pas à regarder quelques photos de toi, ni à lire toutes les lettres et témoignages que j'ai reçus après ton départ, et pourtant ce soir, je viens de parcourir un recueil que des fans canadiens m'ont envoyé, des milliers de réactions récoltées sur Internet de fans du Pérou, de Belgique, de Suède, de France ... Il y a aussi des photos qu'ils ont prises de toi pendant des concerts, dans des aéroports, dans des radios. Je suis ému mais je ne sais pas si c'est le bon adjectif, je n'avais rien lu ni regardé depuis ce 27 février.

La pochette de l'album est maintenant terminée, elle est belle, tu es sur la dernière page du livret, tu finis l'album comme tu l'avais commencé : beau ...

En couverture, comme le veut la "tradition", il n'y a personne du groupe juste une photo plein cadre d'un visage de fille qui boit au robinet, l'eau transparente coule sur son visage, sur sa bouche et alors tout est possible comme interprétation (là aussi c'est la tradition) je suis sûr qu'elles te plairont: la pochette comme la fille.

Cet été je reste à Paris, je donne les interviews qu'il faut pour préparer et promouvoir la sortie de notre album, il s'appelle maintenant "Dancetaria" et on a décalé sa sortie pour la fin août, je ne voulais pas qu'il sorte comme c'était prévu initialement au printemps, avec ton départ chez les anges c'était trop tôt, beaucoup trop tôt.

On parle beaucoup de toi, de l'album, de tes guitares (qu'on a pu conserver intactes sur le "dr7" de Jean-Pierre), de tes morceaux et, je ne sais pas si tu te rappelles, l'été dernier tu venais juste de terminer "Atomik Sky" et je t'avais dit que tu avais écrit là ton meilleur morceau, tu m'avais répondu comme à ton habitude : "Ouai on verra" et le lendemain au studio tu nous avais encore surpris en nous envoyant d'un coup les accords de "Manifesto" et ceux de "She Night", en moins d'une semaine de studio tu avais là écris des morceaux à la fois bouleversants, si puissants et si beaux, et beaucoup de ceux qui ont déjà écouté l'album sont d'accord avec moi.

C'est le meilleur album d'Indo : il est féerique.

La tournée s'est terminée comme prévue à l'Olympia ce 24 juin. Honnêtement je n'avais jamais ressenti une telle force, une telle émotion mais je ne sais pas si ce sont les bons adjectifs, tu as dû le voir de là-haut comme c'était beau et fort à la fois, comme c'était chaud et triste, et comment était notre "putain" de public ... Beaucoup de gens n'ont pu venir faute de places à Paris comme partout sur cette tournée, tous ces soirs je leur disais que là où tu étais tu pouvais être fier d'eux et de toi, et puis la première fois qu'on a joué "She Night", j'avais alors beaucoup de mal à retenir ma tristesse mais je ne sais si c'est le mot adéquat, on terminait le concert par "Stef 2", au vu de la réaction c'est le nouveau single sans aucun doute. C'était incroyable, longtemps encore alors qu'on était tous dans les loges Pilot, Boris, Mathieu, Marco et moi on entendait toute la salle reprendre le refrain en choeur, j'aurais tellement aimé que tu voies ça que tu entendes ça ...

Les éclairages sont impressionnants et la façon dont on s'habille fait beaucoup parler : moi je suis en robe noire, Marco en kilt noir, "ça jette" comme tu aurais dit. On a laissé ta place inoccupée symboliquement et malgré tout, tous ces soirs, c'était aussi une grande fête. Ca m'a remis sur les rails ... Et je suis sûr que tu en es heureux. Le "Dancetaria Tour" se prépare, on commence le 12 novembre et on finit le 17 décembre au Zénith de Paris. Chez Warhead tout le monde est surpris de la vitesse à laquelle partent les places alors que la promo n'est pas encore commencée et que l'album n'est pas sorti ... On va jouer je pense plus de 2 heures et demie, et je travaille sur les projections vidéos qu'on va balancer derrière nous. Ca risque d'être assez "trash". Enfin bref, comme tu vois ici tout roule mis à part le principal : c'est que tu nous manques. J'apprends à parler à la 1ère personne du singulier mais ce n'est pas facile, ton humour, ton humeur bonne ou mauvaise me manque, la façon dont tu envoyais se faire foutre les quelques journalistes "opportunistes de ce journal" me manque, enfin tu vois ce que je veux dire ...

J'espère que là-haut tu te marres bien, que tu as retrouvé ceux que tu voulais et que tu viendras de temps en temps nous rendre visite. Je dors un peu mieux mais j'ai encore mal à l'estomac souvent.

Ah oui! Je vais offrir à Lou pour son anniversaire "Offspring", je pense même que je vais l'emmener au Zénith les voir, je suis sûr que tu l'aurais fait ...

Tu me manques Stef, mais je ne sais pas si c'est le bon verbe ...

Préface du livre Waza

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Valentin

Le petit garçon qui aimait Luc Besson et notre groupe.
Je le rencontre pour la 1ère fois une journée de juin là où nous enregistrions l'album "Alice et June", justement dans les studios de Luc Besson ... un hasard ou un rêve ...
Il s'était assis près de moi avec son T-shirt d'Indo, on était en train d'écrire un nouveau morceau ... La journée a dû passer vite pour lui, il a écouté, fait des photos discrètement et sagement mais tellement gentiment.
Trois ans plus tard et quelques dizaines de textos plus loin, il vient et revient nous voir à Toulouse pendant la tournée, il a grandi, il a maintenant un T-shirt du Che ... après il me demande d'être le parrain de l'association.
... Et le soir des élections présidentielles ce 6 mai 2007, il est triste et moi aussi, mais je lui écris "bah il y a pire ..." il voulait voter Olivier Besancenot.
Je suis sûr que Valentin avec son humour il changera le monde et le mien et en mieux

Originalunes

les horizons sont pernicieux
avec de la neige sur des singes en hiver
je passerai un aveu
sans aucun sens
vers les vagues de la mer

jeux perdus
jeux gagnants
les saisons et les amours
les rêves et les réveils
automatique sauf le samedi midi et le dimanche
où tout le monde ment
où le monde mur
la genèse en faillite est effroyable
par un temps donné trop court
à jamais personne ne lui sera
personne ne lui ressemblera ne le remplacera "tel quel"
analyse troublée mais manquée
cruelle par son inexactitude
contrairement à son habitude sereine
mais dans un doute téléphoné
une gêne alors de non-comprendre
la vérité vraie
je ne comprends plus
je ne comprends que perdant

le hasard mélange parfois
l'inspiration galopante
d'un amour avec retour

existe-t-il ?
encore des petites filles
qui sautent à la corde
les temps lointains des tempêtes fortes
où les dortoirs mixtes où les yeux se plissent
où les enfants sont violets
je l'ai recouverte par les draps
il y avait alors quelque chose entre elle et moi
tout à l'heure je l'avais dévêtue

quand je vous ai vu la première fois
un peu perdu
quand je vous ai touché la première fois
ingénue
vous ne m'avez qu'aperçu
du haut des toits
il faut dire que j'étais aux abois
je me souviens que même
si vous aviez disparu
j'aurais mis la main sur vous

Revue "Dans la lune" N°13 Site web

Bidouille & Violette

Bidouille et Violette

Nicola a écrit la préface de l'intégrale.

Avant-propos

Appelons le G. Au tout début des années quatre-vingt, il avait l’âge de Bidouille, il lisait Spirou comme aujourd’hui on surferait sur Internet ...
Il s’est reconnu tout de suite dans le personnage, à un moment de sa jeunesse mal dans sa peau, bedonnant et rougissant, incapable d’aligner trois mots dès qu’une jolie fille approchait ...
Il s’est reconnu comme beaucoup de ses camarades qui, comme lui, ont tous connu aussi une Violette, la plus belle fille du collège ou du lycée, et qui semblait totalement inaccessible.
Gracile et longiligne.
Et c’est là que le miracle Bidouille et Violette commence.
Nous les timides aux cheveux roux et frisés, nous les "poètes maudits" de la classe, les "pas comme les autres", nous plaisons à Violette aux cheveux blonds et lisses, à la plus jolie.
La plus belle, entourée de courtisans, tombera amoureuse du fils du marchand de frites.
L’improbable ... arrive et séduit.
Les rendez-vous officiels et puis secrets, le même banc à la même place, les fugues et les chagrins, les incompréhensions des parents et les résultats scolaires qui déclineront ...
Les fleurs noires, les ruptures, les amours impossibles, les adultes, les gens.
G. comme beaucoup d’autres, et comme moi aussi, ont rêvé et rêvent encore à cette idylle improbable, voire impensable.
Enfin des chroniques mélancoliques de nos innocences recherchées, mais aussi des chroniques mélancomiques, parce que tout n’est pas sombre dans notre adolescence.
Il n’y a qu’à y croire et rêver.

Nicola Sirkis

(Merci Lou)

La cuisine d'Olivier Streiff